C’est d’un livre un peu particulier dont il est question aujourd’hui. En fait c’est le premier livre d’aviation que j’ai eu le plaisir de lire, il n’est pas de n’importe qui, puisqu’il est de Frederick Forsyth, l’auteur connu et réputé du Chacal, du Dossier Odessa, ou encore de l’alternative du diable. Forsyth est un ancien militaire, probablement du renseignement puisque tous ses livres sont basés sur des recherches aussi soigneuses que documentées. Le berger, bien que peu connu, est à la fois dans et en dehors du lot.
Le Berger est étonnamment commercialisé dans la collection Folio Junior. Le texte est simple, il est vrai, mais quantité de détails sont léchés ou véridiques. A franchement parler, si l’on ne tient pas compte de la fin de l’histoire, ce livre aurait pu être tout bonnement écrit par un pilote, tant les propos et les anecdotes sonnent vrai. L’ouvrage débute dans les années d’après-guerre, entre 1948 et 1952.
Le héros de l’histoire est un jeune pilote de la RAF affecté en Allemagne, qui vole sur de Havilland Vampire. Nous sommes le 24 décembre et, bénéficiant d’une permission, il décide de rejoindre sa famille en Grande-Bretagne aux commandes de son appareil. Il décolle, met le cap vers le Royaume-Uni et se retrouve rapidement au-dessus de la mer du Nord… Ou son appareil est victime d’une panne de courant complète. Si par miracle, le turboréacteur Goblin fonctionne encore, l’aviateur, qui ne dispose pas de lampe de poche ou d’éclairage de secours, est dans l’impossibilité de lire les indications de son compas et de ses instruments d’aide à la navigation. Sans parler de sa radio qui est hors d’état.

Le DH-100 Vampire, un appareil conçu en pleine seconde guerre mondiale, qui assura aux côtés du Gloster Meteor la défense des cieux britanniques dans l'immédiat après-guerre.
L’autonomie du Vampire étant limitée, il se retrouve bientôt dans une situation périlleuse : comment se faire remarquer des contrôleurs aériens ou lancer un appel à l’aide ? Il se souvient alors des cours qui lui ont été enseignés durant sa formation de pilote mais chacune des solutions envisagées se termine de la même manière : une évacuation du chasseur et un bain forcé dans les eaux glacées de la mer du Nord, autrement dit d’infimes chances de s’en sortir vivant. Et le niveau de carburant continue à baisser tandis qu’il essaye vainement de trouver la bonne route qui lui permette de se poser sur le sol d’une base aérienne, au sec.
C’est alors que surgit de la brume épaisse un bimoteur de Havilland Mosquito. L’aviateur à bord, coiffé d’un casque de cuir et de grosses lunettes de vol, lui fait comprendre par gestes conventionnels de le suivre, ce que le jeune pilote du Vampire n’hésite pas à faire. Et bientôt, ce dernier survole une piste d’atterrissage aux feux allumés. Il a juste le temps de sortir le train et les volets. Le Vampire se pose, il ne peut même pas gagner le taxiway car le Goblin s’étouffe après avoir consommé les dernières gouttes de kérosène, les réservoirs sont maintenant vides.

Un Vampire (ici un NF Mk 10, autrement dit une version chasse de nuit) se pose à la suite d'une mission d'entraînement.
Le pilote du Vampire s’attendait à s’être posé sur une base aérienne en activité. Erreur, il s’est posé sur un ancien aérodrome de la seconde guerre mondiale, Minton, qui n’est plus désormais qu’un vieux dépôt humide ou vivent trois sous-officiers de la RAF qui ont largement dépassé l’âge de la retraite, lesquels ont tendance à abuser de l’alcool. L’un d’eux, lorsqu’il a entendu le Vampire survoler la piste, a eu le réflexe d’allumer les feux de piste, ce qui a sauvé la vie du pilote de Vampire. Celui-ci songe au Mosquito à qui il doit la vie et à cet aviateur au casque de cuir et aux grosses lunettes. Il s’imagine d’abord qu’il s’agit d’un des appareils du Squadron de reconnaissance météo -des pilotes qui volent par tous temps, même lorsque les oiseaux eux-mêmes ne quittent pas le nid- mais un simple coup de fil l’informe que cette unité n’est plus équipée de DH-98 puisqu’elle vient de passer sur Gloster Meteor.

Le héros de l'histoire ne passe pas loin d'un bain forcé dans la mer du Nord. Le Vampire ne fut que tardivement dôté de sièges éjectables et certaines versions, les biplaces notamment, n'en bénéficiaient pas. Les premiers modèles de sièges éjectables ne servaient d'ailleurs strictement à rien, car disposés trop près de la planche d'instruments. Ainsi en s'éjectant, les pilotes risquaient d'y laisser leurs jambes.
Il pense alors qu’il a été guidé par un de ces vétérans de la seconde guerre mondiale qui, ayant fait fortune dans le commerce ou une quelconque autre activité, a pu acheter un “Mossie” aux surplus militaires. L’idée qu’il puisse voler un soir de 24 décembre le surprend quelque peu mais après tout, pourquoi pas. C’est d’ailleurs probablement un ancien aviateur qui était basé à Minton, ce qui expliquerait tout. Le pilote du Vampire tient vraiment à le remercier et le saluer, car il a également appris qu’aucun opérateur radar n’était à son pupitre -en fait le système de veille a été fermé à 17 heures, ce qui veut dire que s’il s’était éjecté, personne n’aurait vu l’appareil disparaitre des écrans. Il serait ainsi mort à coup sûr-.

Un DH-98 Mosquito, comme l'un de ceux qui furent acquis après-guerre par des compagnies aériennes civiles et des amateurs. Le "Mossie" servit en qualité de courrier rapide après-guerre et fut même engagé dans les courses de vitesse américaines, avant de connaître de nouvelles guerres, notamment en Indochine et en Israël.
La clé de l’énigme est livrée comme il se doit en fin de livre, elle est typique d’un certain style des romans et/ou nouvelles britanniques. Brillamment écrit, le Berger ne souffre d’aucun défaut -l’histoire est courte et se lit aussi aisément que rapidement- et il a ce grand avantage de tenir le lecteur en haleine au fil des pages. En dépit de son positionnement dans la collection Folio junior, cette histoire est plutôt destinée à un lectorat adulte, bien qu’elle soit abordable pour les adolescents. Quoi qu’il en soit, je vous recommande chaudement de mettre la main sur ce livre.
































